Aujourd’hui il lui semble que l’entreprise est un lieu qui broie. Un lieu totalitaire, un lieu de prédation, un lieu de mystification et d’abus de pouvoir, un lieu de trahison et de médiocrité.
Certains secrets sont comme des fossiles et la pierre est devenue trop lourde pour la retourner. Voilà tout.
Il exécute les gestes, respecte les horaires et les itinéraires, il se regarde vivre, ni présent ni absent, ignorant ce qui lui échappe comme ce qui lui appartient.
Et si on décidait d’aller à l’encontre de ce qui se fait ou ne se fait pas, si on décidait que les choses peuvent être autrement même si c’est très compliqué et toujours bien plus qu’il n’y paraît.
Les gens gentils sont les plus dangereux. Ils menacent l’édifice, entament la forteresse, un mot de plus et Mathilde pourrait se mettre à pleurer.
L’écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire.
Personne ne s’en était rendu compte, Jean-Marc avait l’air heureux. De quoi étaient-ils coupables, eux qui vivaient encore, eux qui n’avaient rien vu ?
Avais-je besoin d’écrire ça ? Ce à quoi, sans hésitation, j’ai répondu que non. J’avais besoin d’écrire et ne pouvais rien écrire d’autre, rien d’autre que ça. La nuance était de taille.
Quoi que je dise et fanfaronne, il y a une douleur à se replonger dans ces souvenirs, à faire resurgir ce qui s’est dilué, effacé, ce qui a été recouvert.
Aucun prince, aucune réussite ne peuplaient ses rêves, simplement le temps étalé devant elle dont elle pouvait disposer selon sa volonté propre, un temps contemplatif qui la tiendrait à l’abri.
Comme d’autres, je raisonne et parle en années scolaires, de septembre à juin, l’été apparaît alors comme une parenthèse, une période en creux, qui échapperait à la contrainte. J’ai longtemps pensé qu’il s’agissait d’une déformation de mère de famille dont le rythme biologique…
Rares sont les gens qui posent les vraies questions, celles qui importent.
Comment déchiffrer les traces de l’enfant sur la peau des adultes que nous prétendons être devenus ? Qui peut lire ces tatouages invisibles ? Dans quelle langue sont-ils écrits ? Qui est capable de comprendre les cicatrices que nous avons appris à dissimuler ?.
Un matin, alors que je m’apprêtais à quitter mon appartement, j’ai entendu la voix de Gilles Deleuze à la radio. Je reproduis ici les phrases que j’ai notées de mémoire, quelques secondes après la diffusion de cette courte archive sonore : Si tu ne saisis pas le petit grain de…
Tu sais, il y a une chose que j’ai apprise. Une chose injuste qui sépare le monde en deux : dans la vie, il y a ceux dont on se souvient et puis ceux qu’on oublie. Ceux qui laissent une empreinte où qu’ils aillent et ceux qui passent inaperçus, qui ne laissent aucune trace. Il…
J’étais une petite fille é-mot-ive, à laquelle il manquait donc des mots.
Les vrais élans créateurs sont précédés par une forme de nuit.
J’ignore s’il est difficile de quitter quelqu’un qu’on aime mais je sais combien il est difficile de perdre quelqu’un.
Elle a vidé ce corps de sa vie, elle est allée jusqu’au bout, au bout de ses forces.
Mon écriture, si elle dure, ne peut être qu’un immense malaise. Je renonce à la vie, je me couche pour mourir.
Je suis fière qu’elle ne me traite pas comme une gamine parce que je sais bien ce que ça signifie, et la différence qu’il y a avec d’autres mots pour dire la même chose et que les mots ont leur importance et leurs nuances.
La dernière à se lever de son lit, tout simplement, comme si la vie entière était contenue dans les pages des livres, comme s’il suffisait de rester là, à l’abri, à contempler la vie de loin.
Mon inconscience n’a d’égale que ma distraction. J’ai beaucoup bu et je suis heureuse. Je me fous de savoir combien de mètres me séparent de la terre ferme.
Il dit se battre contre soi pour comprendre un jour qu’on se bat pour soi.
Je ne suis pas triste. Mais il y a un vide à l’intérieur de moi, qui bat et couple le souffle. Je suis absente à moi-même.
C’est l’histoire d’un poisson sans écailles, d’une tortue sans carapace, d’une princesse de pacotille qui ne pouvait renoncer à sa douleur.
Ma mère reste debout, à l’entrée du salon, les bras le long du corps. Alors je pense que la violence est là aussi, dans ce geste impossible qui va d’elle vers moi, ce geste à jamais suspendu.
Il l’aimait avec ses doutes, son désespoir, il l’aimait depuis le plus sombre de lui-même, au cœur de ses lignes de faille, dans la pulsation de ses propres blessures. Il l’aimait avec la peur de la perdre, tout le temps.
J’ai pensé aux effets secondaires de la vie, ceux qui ne sont indiqués dans aucune notice, aucun mode d’emploi. J’ai pensé que la violence était là aussi, j’ai pensé que la violence était partout.
Je n’aime pas le soir qui tombe. Ces jours qui s’en vont dans l’ombre, pour toujours.