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Christian Bobin

107 citations et aphorismes

Esprit

La terre se couvre d'une nouvelle race d'hommes a la fois instruits et analphabetes, maitrisant les ordinateurs et ne comprenant plus rien aux ames, oubliant meme ce qu'un tel mot a pu jadis designer.

Esprit

Ce qui ne peut danser au bord des levres - s'en va hurler au fond de l'ame.

Esprit

L'art de vivre consiste a garder intact le sentiment de la vie et a ne jamais deserter le point d'emerveillement et de sideration qui seul permet a l'ame de voir.

Amour

Il y a un critere de la verite, c'est qu'elle vous change: ca bouleverse comme un amour, la verite.

Amour

... hier j'etais heureuse. Aujourd'hui je suis amoureuse, et ce n'est pas pareil. Et c'est meme tout le contraire.

Amour

Mourir, c'est comme tomber amoureux: on disparait, et on ne donne plus de nouvelles a personne.

Amour

La parole poetique est une parole amoureuse. Elle invente - dans le temps de la dire et dans celui de l'entendre - une communaute invisible, une fraternite silencieuse.

Amour

On lit sans ordre, sans raison. La lecture ne peut se commander. Personne ne peut en decider a votre place. Il en va de la lecture comme d'un amour ou du beau temps: personne ni vous n'y pouvez rien. On lit avec ce qu'on est. On lit ce qu'on est.

Amour

Une seule femme quand elle est amoureuse suffit pour remplir le ciel et la terre ... .

Religion

... ce melange de vouloir instruire et mepriser a la fois qui est si frequent chez les intellectuels: on parle a quelqu'un qui est a un metre de soi et on est envoye a des annees-lumieres.

Les tendres nuages que je vois ébréchés dans le ciel bleu n’ont pas connu mon père et pourtant par leur consentement au réel qui les broie, ils me parlent très bien de lui.

Un lit de lumière, une chaise de silence, une table en bois d’espérance, rien d’autre : telle est la petite chambre dont l’âme est locataire.

Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir.

Dans la solitude on rejoint Quelqu’un d’autre que soi.

Il est très difficile de soutenir le regard fixe d’un tout-petit – c’est comme si Dieu était en face de vous et vous dévisageait sans pudeur, en prenant tout son temps, un peu étonné de vous voir là.

Tout visage est une porte et la même porte, selon l’instant où on la pousse, peut donner sur le paradis ou sur l’enfer.

On peut donner bien des choses à ceux que l’on aime. Des paroles, un repos, du plaisir. Tu m’as donné le plus précieux de tout : le manque. Il m’était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais tu me manquais encore.

Les mères par leurs soins élémentaires fleurissent les abîmes. Si il y a encore des lions, des étoiles et des saints c’est parce qu’une femme épuisée pose un plat sur la table à midi.

Quand on joue de la musique, on lève le camp, on replie sa tente et on s’éloigne dans le chant faible, délivré de la corvée de dire et de taire. On s’éloigne comme un jeune homme s’éloigne sans savoir vers quoi, car sinon ce ne serait pas s’éloigner.

Dans la musique on est comme dans l’amour : engagé sur le sentier de la vie faible. On va du point A au point B, d’une lumière à une autre. On est entre les deux, trébuchant dans le noir. Vivant d’incertitude et souriant d’hésitation, attentif à ce mouvement en nous de la vie …

Vous voyez le monde. Vous le voyez comme moi. Ce n’est qu’un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d’eau — ça oui, c’était important. No…

Quand on parle, on campe dans sa parole. Quand on se tait, on campe dans son silence.

L’histoire que tu vis, celle de chaque jour, est simple, donc incompréhensible. Aucun livre n’en fait mention, aucune lanterne de papier ne l’éclaire. Regarde. L’essentiel est dans ce que tu oublies et qui se tient devant toi. C’est par l’infime que tu trouveras l’infini, par …

Aucun livre ne peut nous sauver de notre vie. Aucune parole ne sait recueillir ces éclats qui nous reviennent et nous élancent, empêchant le soir de descendre, la paix de venir. Il n’y a pas de consolation, puisque tout nous blesse et que rien ne nous fait mourir. Il n’y a que…

À quoi reconnaît-on ce que l’on aime. À cet accès soudain de calme, à ce coup porté au coeur et à l’hémorragie qui s’ensuit – une hémorragie de silence dans la parole. Ce que l’on aime n’a pas de nom. Cela s’approche de nous et pose sa main sur notre épaule avant que nous ayon…

À quoi reconnaît-on les gens fatigués. À ce qu’ils font des choses sans arrêt. À ce qu’ils rendent impossible l’entrée en eux d’un repos, d’un silence, d’un amour. Les gens fatigués font des affaires, bâtissent des maisons, suivent une carrière. C’est pour fuir la fatigue qu’i…

Les gens fatigués font des affaires, bâtissent des maisons, suivent une carrière. C’est pour fuir la fatigue qu’ils font toutes ces choses, et c’est en la fuyant qu’ils s’y soumettent. Le temps manque à leur temps. Ce qu’ils font de plus en plus, il le font de moins en moins. …

Qu’est-ce que c’est, apprendre. Apprendre à jouer, apprendre à vivre. Qu’est-ce que c’est, sinon ça : toucher au plus élémentaire de soi. Au plus vif et rebelle.

Devant les livres, la nature ou l’amour, vous êtes comme à 20 ans : au tout début du monde et de vous.

Le temps perdu est comme le pain oublié sur la table, le pain sec. On peut le donner aux moineaux. On peut aussi le jeter. On peut encore le manger, comme dans l’enfance le pain perdu : trempé dans du lait pour l’adoucir, recouvert de jaune d’oeuf et de sucre, et cuit dans une…