Oh la merveilleuse vie crucifiée des épouvantails ! Leurs bras grands ouverts, leur chapeau troué par les balles du soleil, leur indifférence aux modes et aux déluges ! Un idéal de vie et d’écriture.
Nous sommes mangés par les vers de notre vivant. La pensée, l’angoisse, les projets, l’argent, ce sont les vers qui entrent dans notre cœur et qui le rongent.
Tomber amoureux, lire un poème, écrire une vision, c’est demander asile à l’éternel, se retirer vivant du monde.
C’est à l’oreille qu’on reconnaît les anges, à une printanière vibration de l’air quand ils parlent. Le rythme, le souffle et la voix comptent plus que les mots ou le sens.
On peut donner bien des choses à ceux que l’on aime. Des paroles, un repos, du plaisir. Tu m’as donné le plus précieux de tout : le manque.
Il m’était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais, tu me manquais encore. Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour. Tu as cassé les vitres et depuis, l’air s’y engouffre, le glacé, le brûlant et toutes sortes de clartés. Tu étais celle-l…
La douceur n’est rien de gentil ni d’accommodant. La vie est violente. L’amour est violent. La douceur est violente. Si nous sommes tant surpris par la rudesse de la mort, c’est peut-être que nous avons mis nos vies dans des zones trop tempérées, tièdes, presque fausses.
C’est si beau ta façon de revenir du passé, d’enlever une brique au mur du temps et de montrer par l’ouverture un sourire léger. Le sourire est la seule preuve de notre passage sur terre.
Le sourire est la seule preuve de notre passage sur terre.
Quand on est amoureux on est ivre. on vide ses poches, on perd son nom. On découvre avec ravissement la certitude de n’être rien.
J’aime les enfants de trois ans. Je les vois comme des fous ou des aventuriers du bout du monde. il n’y a que l’enfance sur cette terre. Je la reconnais d’instinct, même chez ceux qui ont cru l’étouffer sous le poids de leur vie morte. Même chez ceux là je devine l’enfant de t…
Pendant quarante ans j’ai appuyé mon coeur sur le coeur d’un enfant de trois ans. Jamais il n’a cédé. Pensées et sensations venaient éprouver leur puissance en s’appuyant sur cette clef de voûte de trois ans d’âge. Lorsque, privé de secours, j’hésitais sur le chemin à prendre,…
Je crois que l’enfance est pour beaucoup dans ces refus dont nous ressentons la nécessité sans savoir les justifier. Je crois qu’il n’ y a qu’elle à écouter. Il m’arrive de demander un avis, pour décider du chemin de telle ou telle phrase ou pour une conduite à tenir dans tell…
La solitude est une maladie dont on ne guérit qu’à condition de la laisser prendre ses aises et de ne surtout pas en chercher le remède nulle part.
J’ai toujours craint ceux qui ne supportent pas d’être seuls et demandent au couple, au travail, à l’amitié voir, même au diable ce que ni le couple, ni le travail, ni l’amitié ni le diable ne peuvent donner : une protection contre soi-même, une assurance de ne jamais avoir af…
Mon vrai désir ce n’était pas d’écrire, c’était de me taire. M’asseoir sur le pas d’une porte et regarder ce qui vient, sans ajouter au grand bruissement du monde. Ce désir est un désir d’autiste. Entre le mot autiste et le mot artiste, il n’y a qu’une lettre de différence, pa…
Très peu de vivants et beaucoup de morts dans cette vie— mort étant celui qui ne se lâche jamais et ne sait pas s’éloigner de soi dans un amour ou dans un rire.
L’humain est un soleil ! La vie voilà la seule merveille Et c’est la seule merveille non commercialisable ! l’humain est un soleil que l’on peut aller chercher dessous les décombres dessous les fatigues dessous les pertes.
Aujourd’hui, la coutume et la bien-pensance veulent que l’on insiste sur les ténèbres, et que, puisque tout est noir, on va rajouter une couche de noir. On va prendre une laque pour que ce soit bien plus solide. Notre monde est peut-être plus terrible qu’il n’a jamais été d’ai…
Nous sommes sans arrêt confrontés à des séparations. La vie a une main qui plonge dans notre corps, se saisit du cœur et l’enlève. Pas une fois, mais de nombreuses fois. En échange, la vie nous donne de l’or. Seulement, nous payons cet or à un prix fou puisque nous en avons, à…
Chaque séparation nous donne une vue de plus en plus ample et éblouie de la vie. Les arrachements nous lavent. Tout se passe, dans cette vie, comme s’il nous fallait avaler l’océan. Comme si périodiquement nous étions remis à neuf par ce qui nous rappelle de ne pas nous instal…
Ceux qui ont disparu mêlent leurs visages au nôtre. Nous sommes étroitement liés, souterrainement, dans une métamorphose incessante. C’est pourquoi il est impossible de définir aussi bien la vie que la mort. On ne peut que parler d’une sorte de flux qui sans arrêt se transform…
Ce qui est dit n’est jamais entendu tel que c’est dit: une fois que l’on s’est persuadé de cela, on peut aller en paix dans la parole, sans plus aucun soucis d’être bien ou mal entendu, sans plus d’autre souci que de tenir sa parole au plus près de sa vie
Cette inaliénable égalité devant le vide, l’horreur du vide, la souveraineté du vide. Que nous la reniions ou non, peu importe. C’est là que nous sommes. C’est là qu’adviennent les rencontres.
L’ombre grandit dans la pièce. On n’éclaire pas, il y a assez de mots pour se voir.
C’est curieux comme on est avec les morts : d’abord on jette dessus plein de bruits, de prières et de cris, ensuite on les recouvre sous des pelletées de silence.
Que reste-il de tous les livres lus ? Leurs cendres retombent sur le cerveau,un courant d’air les chasse.
Il y a plusieurs durées dans votre vie. Il y a plusieurs eaux mélangées dans le temps. L’enfance fait comme un courant profond dans la rivière du jour. Vous y revenez souvent, comme on revient chez soi après beaucoup d’absence.
Je me suis fait écrivain ou plus exactement je me suis laissé faire écrivain pour disposer d’un temps pur, vidé de toute occupation sérieuse.
Les fleurs sont les premières gouttes de pluie de l’éternel.