Le plus sage homme qui fut onques, quand on lui demanda ce qu’il savait, répondit qu’il savait cela, qu’il ne savait rien.
Les soldats devraient craindre leur général encore plus que leur ennemi.
Notre grand et glorieux chef-d’œuvre est de vivre à propos. Tout le reste, gouverner, amasser, bâtir, n’est qu’accessoire et secondaire.
Notre grand et glorieux chef-d’œuvre est de vivre à propos.
La nature n’a que faire d’un grand destin pour se montrer et déployer sa force. Partout, dissimulée ou au grand jour, elle se manifeste avec la même intensité.
Notre tâche consiste à construire chaque jour notre conduite et notre vie, et non pas à écrire des livres ; à conquérir non pas des provinces en gagnant des batailles, mais la tranquillité et l’ordre pour notre vie et nos actes.
Il n’y a guère moins de tourment au gouvernement d’une famille que d’un état entier.
Il n’y a guère moins de tourment au gouvernement d’une famille que d’un état entier ; où que l’âme soit empêchée, elle y est toute ; et, pour être les occupations domestiques moins importantes, elles n’en sont pas moins importunes.
Notre propre et péculière condition est autant ridicule que risible.
Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l’une en l’autr…
Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi. Il y a, au-delà de tout mon discours, et de ce que j’en puis dire particulièrement, ne sais quelle force inexplicable et fatale, …
Ce n’est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille : c’est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui ayant saisi toute ma volonté, l’amena se plonger et se perdre dans la sienne ; qui, ayant saisi toute sa volonté, l’amena se plonger e…
Le monde n’est qu’une branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse : la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’Égypte, et du branle public et du leur. La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant.
La vaillance a ses limites, comme les autres vertus : lesquels franchis, on se trouve dans le train du vice.
Nul vent fait pour celui qui n’a point de port destiné.
Moi qui me vante d’embrasser si soigneusement les commodités de la vie, et si particulièrement n’y trouve, quand j’y regarde ainsi finement, à peu près que du vent. Mais quoi, nous sommes partout vent. Et le vent encore, plus sagement que nous, s’aime à bruire et à s’agiter, e…
Il y a de la sagesse, dites-vous, en cet amusement. Mais où ? Et ces beaux préceptes sont vanité, et vanité toute sagesse.
Un parler ouvert ouvre un autre parler et le tire hors, comme fait le vin et l’amour.
Je donne mon avis, non comme bon, mois comme mien.
Il ne faut pas laisser au jugement de chacun la connaissance de son devoir ; il le lui faut prescrire, non pas le laisser choisir à son discours.
Je dis de même de la Philosophie : elle a tant de visages et de variété, et a tant dit, que tous nos songes et rêveries s’y trouvent. L’humaine fantaisie ne peut rien concevoir en bien et en mal qui n’y soit : Nihil tam absurde dici potest, quod non dicatur ab aliquo philosoph…
À un enfant de maison, qui recherche les lettres, non pour le gain (car une fin si abjecte est indigne de la grâce et faveur des muses, et puis elle regarde et dépend d’autrui), ni tant pour les commodités externes que pour les siennes propres et pour s’en enrichir et parer au…