La tâche essentielle de la philosophie de tous les siècles consiste précisément à trouver le lien nécessaire qui existe entre l’intérêt général et l’intérêt particulier.
Mais le moment est venu où j’ai compris que je ne pouvais plus me leurrer moi-même, que ce n’était pas un crime d’être vivante, que c’était Dieu qui m’avait faite ainsi, que j’avais besoin d’aimer et de vivre.
Admettre que la vie de l’humanité puisse être dirigée par la raison, c’est nier toute possibilité de vie.
L’homme n’est jamais aussi égoïste que dans les moments d’exaltation, d’enthousiasme ; il lui semble alors que rien n’est plus beau et plus passionnant que sa propre personne.
Le regard plongé dans celui de Napoléon, il songeait à la vanité de la grandeur, à la vanité de la vie, dont personne ne pouvait comprendre le sens, à la vanité plus grande encore de la mort, dont la signification demeurait impénétrable aux vivants.
Le roi, c’est l’esclave de l’histoire. L’histoire, c’est-à-dire la vie inconsciente, générale, grégaire de l’humanité, fait servir à l’accomplissement de ses desseins chaque minute de la vie des rois.
Oui, tout est vanité, tout est mensonge en dehors de ce ciel sans limites. Il n’y a rien, absolument rien d’autre que cela… Peut-être même est-ce un leurre, peut-être n’y a-t-il rien, à part le silence, le repos.
Au moment d’un départ et d’un changement d’existence, tout homme capable de réflexion est plus ou moins hanté par des pensées sérieuses c’est l’heure où l’on sonde son passé, où l’on trace des plans d’avenir.
Kitty avait convaincu son fiancé de son amour. Elle lui avait expliqué qu’elle l’aimait parce qu’elle le comprenait à fond, parce qu’elle savait ce qu’il devait aimer, et que tout ce qu’il aimait était bon et bien.
– l’extrême en tout est un défaut, dit calmement Nathalie.
Tandis que chez les Rostov on dansait la sixième anglaise au son d’un orchestre qui, de fatigue, jouait faux, et que les valets et les cuisiniers également recrus apprêtaient le souper, le comte Bézoukhov eut sa sixième attaque.
La beauté ne fait pas l’amour, c’est l’amour qui fait la beauté.
Napoléon (…) ne cessa de se plaindre à Koutouzov et à Alexandre que la guerre fût menée contre toutes les règles (comme s’il existait des règles pour tuer les gens).
Je n’oserai jamais prétendre que je possède la vérité. (…) Personne ne peut par ses propres lumières atteindre la vérité ce n’est que pierre à pierre, avec le concours de tous.
Dans l’amour, le plus et le moins n’existent pas. J’aime ma fille d’un certain amour, celle-ci d’un autre.
Pierre avait l’impression d’être un fétu infime tombé sous la roue d’une machine inconnue au mécanisme bien ajusté.
Elles pleuraient de honte à l’idée que cette chose vile, l’argent, entrait en tiers dans la noble amitié qui les unissait depuis l’enfance.
Pfuel était un de ces théoriciens si férus de leur théorie qu’ils en oublient le but, à savoir l’application pratique : par amour de la théorie, il méprisait toute pratique.
Toutes les familles heureuses se ressemblent les malheureuses le font chacune à leur façon.
Que de choses qui me paraissaient des rêves irréalisables me semblent aujourd’hui misérables, et des siècles ne sauraient me ramener à l’innocence d’alors !
Dans les faits historiques, les prétendus grands Hommes ne sont que des étiquettes qui, tout en donnant leur nom à l’événement, n’ont avec celui-ci aucune espèce de lien.
Et, en effet, si Eugène Irténieff était un malade psychique, alors tous les hommes le sont également, et parmi eux les plus malades sont ceux qui voient les indices de la folie chez les autres et ne les voient point en eux-mêmes.
Enfin elle parvint à lire et à comprendre ce qu’elle lisait (…) mais la lecture c’est à dire le fait de s’interesser à la vie d’autrui, lui devenait intolérable, elle avait trop besoin de vivre par elle-même.
Celui qui possède une femme et qui l’aime vraiment connaît mieux la femme que celui qui en a possédé des milliers.
Chaque fois que Pierre raisonnait de la sorte, cette hypocrisie générale, acceptée de tous, le stupéfiait malgré l’accoutumance, comme s’il la découvrait pour la première fois.
Le sur lendemain, il lança la discussion sur les idées de réforme de Constantin, qu’il critiqua, allant jusqu’à le taxer de communisme.
Et, d’un coup de langue particulier, il lança un rond de fumée, emblème parfait de ses rêves de bonheur.
En Nekhludov, comme en tout homme, il y avait deux hommes. Il y avait l’homme moral, disposé à ne chercher son bien que dans le bien des autres et il y avait l’homme animal, ne cherchant que son bien individuel et prêt à sacrifier pour lui le bien du monde entier.
Dès qu’on est jeté hors du chemin habituel, on croit que tout est perdu et c’est pourtant là que commence quelque chose de nouveau, de bon. Tant qu’il y a de la vie, il y a du bonheur. Et nous avons devant nous du bonheur, beaucoup de bonheur.
Au début de leur mariage, [Pierre] avait trouvé étrange que sa femme exigeât qu’il n’oubliât rien de ce qu’il s’était chargé de faire et d’acheter, et il fut surpris du véritable chagrin de Natacha lorsque à son premier voyage il avait tout oublié.