Je prends le livre ouvert à la pliure, je me remets à son rythme, à la respiration d’un autre qui raconte.
Si moi aussi je suis un autre, c’est parce que les livres, plus que les années et les voyages, changent les hommes.
L’amour est un échange de fortes étreintes, un besoin de nœuds. Et au bout de chaque étreinte, au bout de cette paix donnée, il reste le non-dit d’un adieu endurci.
La voix humaine laisse dans l’ouïe des traces plus précises que les empreintes digitales. Les circonstances spéciales augmentent aussi la capacité de la reconnaître. La voix des gardiens de prison se grave en haute fidélité dans l’insomnie des prisonniers.
Les mains sont devant l’homme, elles soutiennent son travail, le verbe faire. Et les paroles font l’homme,elles sont devant lui,elles le guident ou bien l’égarent.
Je lui demandais des comptes, on ne doit jamais le faire entre ceux qui sont en amour. Il n’existe ni trahi, ni traître, ni juste ni impie, l’amour existe tant qu’il dure et la ville tant qu’elle ne s’écroule pas.
L’hiver, l’homme doit seulement résister dans sa coquille. Il pense : aucune géométrie n’a calculé la forme de l’œuf. Pour le cercle, la sphère, il existe le pi grec, mais pour la figure parfaite de la vie, il n’existe pas de quadrature.
Il y a des créatures destinées les unes aux autres qui n’arrivent jamais à se rencontrer et qui se résignent à aimer une autre personne pour raccommoder l’absence. Elle sont sages.
Les livres neufs sont impertinents, les feuilles ne se laissent pas tourner sagement, elles résistent et il faut appuyer pour qu’elles restent à plat. Les livres d’occasion ont le dos détendu, les pages, une fois lues, passent sans se soulever.
A peine a-t-on partagé une ou deux cuillères de sel avec une personne qu’on en est déjà au stade de l’amour. Mais avant de se livrer, on devrait manger une marmite de sel ensemble.
Il est étrange de se savoir perdus tous les jours sans jamais se dire adieu. Aujourd’hui ce salut échangé me suffirait. A oublier.
J’ai plus de vie passée à regarder la terre, l’eau, les nuages, les murs, les outils, que les visages. Et je les aime.
À ce moment-là, j’ai dû comprendre que le mal est irrémédiable et qu’il est impossible de réparer un tort quoi que l’on fasse. Le seul remède est de ne pas commettre et ne pas en commettre est en ce monde l’œuvre la plus ardue et secrète.
Elle est belle la pacienza en napolitain car elle met un peu de pace, de paix, dans la patience.
Maria appuie son oreille entre mon épaule et mon cou, elle répète doucement : Boum, boum, ton cœur court même si tu restes sans bouger, dans ta poitrine un gamin lance des pierres contre un mur.
Ce n’est pas le jour qui vient, c’est la nuit qui se retire.