Le silence de la nuit s’est posé sur ma page. Du silence et rien d’autre. J’entends, dans le désert de ma vie, battre mon coeur ensablé.
Des choses sacrées se murmurent dans l’ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d’épices, magie et recettes se côtoient. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur.
Entre dans l’eau sombre, coule-toi dans mes contes, laisse mon verbe t’entraîner par des sentes et des goulets qu’aucun vivant n’a encore empruntés. Je veux dire à m’en couper le souffle. Écoute !.
Je suis l’ombre qui cause. Je suis celle qui s’est volontairement clôturée pour tenter d’exister. Je suis la vierge des Murmures. À toi qui peux entendre, je veux parler la première, dire mon siècle, dire mes rêves, dire l’espoir des emmurées.
L’été qui régnait de l’autre côté des barreaux n’y changeait rien. La douleur est une saison en soi
Cette fois, elle ferma les volets, couvrit le miroir, ce piège à âmes, arrêta l’horloge… Elle venait faire un mort.
Maman n’a jamais su écrire qu’à l’aiguille.Chaque ouvrage de sa main portait un mot d’amour inscrit dans l’épaisseur du tissu.
J’ai compris cette douleur à laquelle Dieu avait condamné les femmes depuis la chute. L’enfantement n’était pas seulement une torture physique, mais une peur attachée comme une pierre à une joie intense.
C’est presque attendrissant, ce visage ravagé qui vous vient soudain, cette lourde fatigue, ces tranchées sous lez yeux, ces traces d’un combat perdu en votre absence, durant votre sommeil.
Parfois, des profondeurs d’une marmite en fonte surgit quelque figure dessèchèes. Une aieule anonyme m’observe qui a tant su, tant vu, tant tu, tant endurè.
A force de foi,de méditation,de jeûne,de solitude,il m’a semblé qu’un chemin s’était ouvert dans l’obscurité,chemin qu’empruntait la cohorte des morts et à leur suite,j’ai touché l’autre rive.
Il te fallait cette blessure-là pour te décrasser l’âme.
Je me souviens qu’il m’a semblé entendre la cloche de Sainte-Agnès tinter une dernière fois et que j’ai cherché à mesurer combien de temps ce son vibrerait en l’air…
La couturière exigea que ses parents soient enterrés là où on les avait trouvés : s’ils s’étaient enfuis, ce n’était pas pour que leurs corps soient ramenés au village. Ainsi dormiraient-ils côte-à-côte sur le chemin qu’ils s’étaient choisi.
N’est-ce pas la douleur de nos mères que nous léguons depuis la nuit des temps dans cette boite en bois ?
Il reviendrait, mais ce second cordon qu’est la caresse serait rompu et jamais plus nous ne goûterions cette sublime proximité de la mère à l’enfant.
Le mensonge est trop lourd à porter pour qui choisit de vivre si près de la lumière divine
Tu verras, ma fille, quand tu auras mon âge, tu comprendras que le plus important, c’est de vivre, quoi qu’il arrive, et d’en profiter. Pour cela, il n’y a qu’une recette : ne jamais se laisser envahir par la mort des autres.
Nous avançons sous une voûte végétale que seuls de rares rayons parviennent à traverser. Quelques glaives lumineux zèbrent d’or les sous-bois comme dans les enluminures d’un vieux livre de contes.
On s’entassait derrière les murs pour passer la nuit comme s’il s’agissait d’un périlleux voyage qu’il valait mieux accomplir endormi afin d’éviter les mauvaises rencontres.
Jamais je n’avais entendu qu’une emmurée eût accouché d’un enfant plus de neuf lunes après sa mort au monde.
Car il n’y a rien de pire qu’une bataille sans ennemi
.. il suffit de regarder quelque chose très longtemps pour qu’une porte s’ouvre et nous absorbe.