« Une beauté pour toujours. Tout passe. Tout finit. Tout disparaît. Et moi qui m’imaginais devoir vivre pour toujours, qu’est-ce que je deviens ? Il n’est pas impossible. .. Mais que je sois passé sur et dans ce monde où vous avez vécu est une vérité et une beauté pour toujours et la mort elle-même ne peut rien contre moi. »
Le monde change, bien sûr, mais un de ses traits ne varie pas : tant qu’il y aura des hommes, ils aspireront à autre chose. Autre chose que ce qu’ils ont déjà, autre chose que la vie de chaque jour, autre chose que la vie tout court.
Ce n’est pas assez dire que le monde réel est le meilleur des mondes possibles. Tous les autres sont imaginaires. Le nôtre, tout à coup, s’est mis à exister.
Le génie populaire le sait depuis toujours : Quand on est mort, c’est pour longtemps. Mourir c’est entrer dans l’éternité. Quelques printemps, quelques étés – et, à jamais, l’éternité. Quel est le statut de cet éternité ? Nous ne pouvons pas le savoir. Mais nous avons le droit…
Personne ne sait jamais ce qu’on gagne avec une naissance. On n’y gagne que des espérances, des illusions et des rêves. Il faut attendre la mort pour savoir enfin ce qu’on perd.
Qu’est-ce qu’ils nous apprennent, Aragon, et Yourcenar, et Borges, et Cioran, et les autres ? Que, selon la belle formule de Pessoa, la vie ne suffit pas et que la littérature est là pour nous élever un peu au-dessus de nous-mêmes.
Tout semble se déglinguer de partout. Sa langue surtout, son bien le plus précieux, qui brillait de mille feux et régnait sur l’Europe qui régnait sur le monde, se défait de jour en jour. Confucius le savait déjà à l’époque de Platon et de Sophocle : il faut prendre garde aux …