« Dans le décompte des hivers un nouveau vient de s’inscrire, celui où il a neigé fin octobre au pays. Depuis deux jours et deux nuits, la neige tombe. Tout est enseveli sous son sang blanc. Seules les mines pointues des sapins noircissent encore le haut de la colline. Quelqu’un estompe le tracé. »
Le vieux parquet ciré se souvient d’anciens bals dont les danseurs sont morts. Leurs cavalières tournent aux bras du ciel, taille serrée dans leur robe à trois temps.
La pierre est sous la pierre, la maison sous la maison, les cimetières sous les cimetières.
Les hirondelles volent si bas qu’elles semblent porter les nuages sur leurs ailes. Rase-motte en zigzags pour meeting aérien au-dessus de la luzerne.
Même le temps meurt ; des dates sont gravées sur les tombes.
Les poètes sont chiens de chasse, braves corniauds au regard éperdu de reconnaissance pour quelques mots jetés à leur gueule. C’est par la langue qu’ils respirent.
La neige ne dissout pas les souvenirs.